
Navré, "amis" nationalistes blancs, mais les Européens étaient noirs jusqu'à l'avènement d'une Rome multiraciale
Par Juan Cole, le 30 novembre 2025
Ann Arbor - Nous vivons une époque où un homme politique autrefois pondéré, comme J. D. Vance, adopte progressivement les thèses du nationalisme blanc, adhère à la théorie du Grand Remplacement qui prétend que des forces néfastes, souvent qualifiées de juives, favorisent l'immigration pour remplacer les Américains "blancs", s'en prend au "multiculturalisme", et s'aligne sur le nationalisme théocratique chrétien. L'origine indienne de son épouse, Usha, est bien sûr source de gêne quant à ce revirement. La honteuse théorie du Grand Remplacement, désormais défendue par Vance, a été inventée par un nazi français qui qualifiait tous les habitants des États-Unis de "nègres".
Cette notion présente une histoire mouvementée. En tant qu'historien, je dirais que le concept est objectivement sans fondement. Comme n'importe quelle identité politique, il s'inscrit dans un contexte soigneusement élaboré et repose sur divers tours de passe-passe. Benjamin Franklin ne considérait par exemple que les Anglais comme des Blancs, qualifiant les Suédois de "fauves" et les Allemands de "basanés". Au XXè siècle, les Italiens, les Grecs et les Irlandais de la classe ouvrière ont progressivement été admis dans la catégorie des "Blancs", qui, au XIXè siècle, était associée au protestantisme, au statut de la classe moyenne et supérieure, ainsi qu'aux origines nord-européennes. En d'autres termes, être "blanc" en Amérique a toujours été principalement une question de classe, de religion et d'antécédents esclavagistes plutôt que de couleur de peau. Certains Afro-Américains ont le teint plus clair que certaines populations méditerranéennes. Les Arabes ont été admis dans la catégorie des Blancs au début du XXè siècle par les tribunaux, mais après le 11 septembre, en ont souvent été exclus.
Si l'ICE ne s'en est pas pris aux milliers d'Irlandais sans papiers de la région de Boston ou à d'autres immigrants "blancs" sans papiers, mais seulement à ceux classés comme "bruns" ou "noirs", c'est bien la preuve que le projet de Stephen Miller a une visée raciste et ne concerne pas uniquement l'immigration ou l'immigration clandestine.
L'européanité, en particulier l'européanité nordique, est l'un des symboles de l'identité blanche aux États-Unis. Rappelons qu'Adolf Hitler a initialement rejeté l'offre d'alliance de Benito Mussolini, car il ne considérait pas les Italiens comme étant blancs, et qu'il a continué à espérer conclure une alliance avec la Grande-Bretagne.
La mauvaise nouvelle pour le nationalisme blanc est que l'histoire génétique de l'Europe révèle que la plupart des Européens avaient la peau foncée jusqu'au premier millénaire avant J.-C., et que, même à cette époque, cette pigmentation a persisté pendant des siècles. Ce retard dans l'apparition des teints clairs est démontré dans un article scientifique publié cette année :
S. Perretti et al., " Inference of human pigmentation from ancient DNA by genotype likelihoods" pnas.org, Proc. Natl. Acad. Sci. U.S.A. 122 (29) e2502158122, doi.org (2025).
Voici ce que Joseph Shavit résume de l'article du professeur Perretti et de ses collègues :
"Des chercheurs de l'université de Ferrare, en Italie, ont étudié le génome de 348 personnes ayant vécu en Europe et en Asie occidentale, il y a entre 45 000 et 1 700 ans. Leurs conclusions montrent qu'environ 63 % des anciens Européens avaient la peau foncée. Seuls 8 % environ avaient la peau claire. » Les autres présentaient des carnations intermédiaires".
En fait, Ötzi, l'homme des glaces datant d'environ 3 000 ans av. J.-C., est à la fois l'une des plus anciennes momies conservées d'Europe et l'un des Européens au teint le plus foncé dont on ait connaissance. Or, les reconstitutions le font apparaître comme blanc, choix qui relève de l'idéologie et non d'une démarche scientifique.
Les Européens modernes sont des immigrants, car une grande partie de l'Europe était inhabitable pendant la dernière période glaciaire, marquée par un maximum glaciaire d'environ 29 000 à 11 700 ans. Par la suite, des Africains et des peuples de ce que nous nommons aujourd'hui le Moyen-Orient sont venus repeupler le continent.
Étaient-ils noirs ? Oui, ils l'étaient. Ils venaient de régions proches de l'équateur, où les rayons ultraviolets sont intenses et où une pigmentation foncée permet de les bloquer, réduisant ainsi le risque de lésions génétiques chez les embryons.
Le principal mécanisme de sélection naturelle de la peau claire est le suivant : dans les climats nordiques, les rayons UV sont faibles et la pigmentation foncée bloque leur absorption. Les rayons UV stimulent la production de vitamine D chez les humains. Une carence en vitamine D entraîne toute une série de pathologies, notamment un risque accru d'ostéoporose et de cancers, de maladies auto-immunes, d'hypertension et de maladies infectieuses. La carence en vitamine D est également associée à la sclérose en plaques et à la démence.
En résumé, le manque de vitamine D nuit à la santé du fœtus et de la mère.
Ainsi, en Afrique subsaharienne, si deux femmes enceintes présentent une différence de pigmentation, l'embryon de la femme la plus foncée aura une très légère chance supplémentaire d'être protégé des rayons UV agressifs et d'être en bonne santé. Il sera donc privilégié par la sélection naturelle.
Avec deux femmes suédoises, la situation s'inverse. L'embryon de la femme légèrement plus claire a plus de chances d'absorber la vitamine D grâce aux faibles rayons UV de cette région, favorisant ainsi le développement de son enfant. Des milliers d'années plus tard, ses descendants pourraient être blancs comme neige.
Les Européens modernes ne sont donc que des Africains, des Moyen-Orientaux (et quelques Eurasiens) dont la peau s'est éclaircie au fil du temps sous l'effet de la sélection naturelle et des faibles rayons ultraviolets.
Ce n'est toutefois qu'à l'époque de la fondation de Rome qu'un nombre significatif d'Européens a développé un teint plus clair.
Comme le conclut Dario Radley dans Archeology News, la peau foncée n'a été que très lentement éclipsée en Europe. Pourquoi ? On sait maintenant que l'alimentation joue également un rôle essentiel. Les chasseurs-cueilleurs européens consommaient en effet des aliments relativement riches en vitamine D, comme la viande, le poisson et diverses plantes sauvages, leur permettant de survivre sous les latitudes nordiques aux faibles rayons UV, tout en conservant leur teint foncé.
La révolution agricole néolithique, au cours de laquelle les peuples de l'actuelle Turquie se sont progressivement étendus en Europe et ont introduit la culture céréalière, a modifié le régime alimentaire, désormais relativement pauvre en vitamine D, comme le souligne Shavit. Les agriculteurs européens ont donc été soumis à un processus de sélection naturelle favorisant les peaux claires. Certains agriculteurs venus du Moyen-Orient sont issus de familles dont la peau s'est déjà éclaircie en raison de cette modification du régime alimentaire.
Ainsi, les Européens blancs, c'est-à-dire les personnes au teint clair, sont un phénomène historique récent. Et bien sûr, dans le sud de l'Europe, les gens ont généralement la peau plus foncée. Mais le fait est que tous les êtres humains descendent de populations que nous qualifierions aujourd'hui de noires.
Je ne vois pas en quoi on devrait se glorifier d'être les descendants à la peau claire de personnes noires, simplement parce que celles-ci auraient migré vers des climats nordiques où les rayons UV sont faibles. En ce sens, se réjouir et valoriser une peau blanche revient à rabaisser ses propres ancêtres et sa lignée familiale. Tous ces Américains qui pensent à Rome plusieurs fois par jour devraient savoir que Romulus et Rémus, les figures mythiques dont l'histoire est liée à la fondation de Rome, n'auraient pu être acceptés et encore moins servis dans un restaurant du sud des États-Unis dans les années 1950.
Sans oublier que l'Empire romain a été l'un des empires les plus grands et les plus multiculturels de l'histoire. À son apogée, il s'étendait du Maroc au Caucase et de l'Espagne à l'actuelle Turquie. Il se composait de peuples arabophones, de locuteurs araméens, de populations grecophones, de locuteurs anatoliens de langues iraniennes, de Basques, de Goths, de Celtes, d'Étrusques et de Romains. Lorsque les Romains ont conquis la Syrie, ils ont intégré ses élites à leur aristocratie et ont pourvu le trône impérial de Philippe l'Arabe (r. 244-249 apr. J.-C., né à Aurantis, en Syrie), ainsi que d'Élagabal et de Sévère Alexandre, tous deux issus de la dynastie des Émésiens de Homs, en Syrie, et de Caracalla, dont la mère était issue de la famille arabe syrienne des Sévères.
Élagabal (r. 218-222) est surnommé en arabe ilah al-jabal, "le dieu de la montagne". Ilah signifie "dieu" en arabe, le défini étant al-Ilah ou, en Jordanie et dans le Hedjaz, Allah. Ainsi, les Occidentaux qui détestent entendre le terme "Allah" ignorent tout de leur propre héritage romain. Quant à la critique de Vance à l'égard du multiculturalisme, elle nuit à la compréhension de la grandeur des grands empires multiculturels, notamment l'Empire romain.
Le concept de "race blanche" et d'"occidentalité" est si flou qu'il ne résiste pas à l'examen historique, un concept bien trop vague pour justifier et orienter la politique d'un pays de 350 millions d'Américains, tous en fin de compte descendants de Noirs.
Traduit par Spirit of Free Speech
Juan Cole est le fondateur et rédacteur en chef d'Informed Comment. Il est professeur d'histoire Richard P. Mitchell à l'université du Michigan et l'auteur, entre autres, de Muhammad: Prophet of Peace amid the Clash of Empires et The Rubaiyat of Omar Khayyam. Suivez-le sur Twitter sur @jricole ou sur sa page Facebook d'Informed Comment.